10 janv. 2013

Leçon de langue française n°1 : « Si j'aurais su, j'aurais pas venu ! »


J'inaugure aujourd'hui une première catégorie d'articles que j'ai délibérément nommée « leçon de langue française ».

A travers cette catégorie, dont le nom a été choisi sans présomption, je ne prétendrai pas vous donner des « leçons » au sens péjoratif du terme. A vrai dire, j'aurais pu appeler cela des « pièges de langue française » si ça ne se résumait qu'à énumérer les fautes courantes de français.

Alors oui, il s'agira bel et bien de leçons en ce sens que j'exposerai les erreurs de langue française à l'écrit et à l'oral, mais les accompagnerai aussi de théories permettant d'expliquer pourquoi elles existent et comment les éviter.

« Si j'aurais su, j'aurais pas venu ! »

Citation cultissime tirée du roman (ou du film) La guerre des boutons, cette expression laisse paraître deux erreurs de français : d'une part « si j'aurais su », dont le mode (conditionnel) ne peut pas être employé avec le mot subordonnant « si », et d'autre part « j'aurais pas venu », dans laquelle le participe passé de « venir » est combiné avec le verbe « avoir » au lieu du verbe « être » (on dit « être venu »). On ne s'intéressera qu'au premier.

Mettons-nous en situation...
P1 : Salut ! Tu te souviens de moi ? On s'est aperçu hier soir...
P2 : C’est pas vrai ? Si j’aurais su que c’était toi que j’ai vu ce soir-là, je serais venu à ta rencontre ! 

  • Où est l’erreur ? On ne peut pas écrire « si j’aurais su », cette formulation est incorrecte.
  • Pourquoi ? Dans cette phrase, on utilise deux méthodes de construction d'une phrase qui imposent toutes deux une condition, puisque :

  1. Le mot « si » (on l'appelle subordonnée) marque automatiquement une condition : « si je fais à manger, tu mets la table. » peut autrement signifier « je fais à manger à condition que tu mettes la table ».
  2. Le conditionnel (présent) « aurais su » fait lui-même état d'une condition dans la phrase, d'ailleurs ce mode existe en théorie pour cela et ne porte pas ce nom pour rien.

La solution…
Les solutions sont proposées directement par les règles instaurées par la grammaire française elle-même. Vous avez ainsi deux possibilités. Soit vous utilisez le conditionnel, soit vous utilisez le mot subordonnant « si », mais pas les deux en même temps !

  • Utilisation du conditionnel : « J’aurais su, je n’y serais pas allé. » Cette phrase, telle qu’elle est écrite ici, est tout à fait correcte et ne nécessite aucune transformation. On a tendance à rajouter « si » en début de phrase : c'est inutile et incorrect.

  • Utilisation d’un terme à caractère conditionnel (si) : « Si j’avais su, je n’y serais pas allé. » En quelques mots : lorsque l'on utilise « si », on n'utilise pas le conditionnel. Pourquoi ? Parce que le mot « si » est ce que l'on appelle une subordonnée conjonctive de condition, il ne peut donc jamais être suivi d'un temps du conditionnel. Pour s'exprimer correctement, on préférera certains temps du mode indicatif, dont le plus-que-parfait par exemple (si j'avais su), le présent (si je sais) ou encore l'imparfait (si tu savais).
On notera que le conditionnel est réutilisé en deuxième partie de phrase dans les deux cas : « J’aurais su, je n’y serais pas allé. » et « Si j’avais su, je n’y serais pas allé. » 

Pour résumer,, lorsqu’une phrase commence par « si » dans le cas d’une condition, on n’utilise pas le conditionnel. A l’inverse, si l’on emploie le conditionnel dans la phrase, on n’utilise pas la conjonction « si ». 

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